Economie,  Reportages,  Suisse

La Suisse souhaite améliorer la traçabilité de l’or

En juillet dernier, deux ONGs dénonçaient l’opacité de la provenance des importations d’or en Suisse. Aujourd’hui, la Confédération  a proposé à l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD) une « nouvelle classification tarifaire douanière » visant à améliorer la transparence sur l’origine du métal jaune. L’ONG Swissaid a salué cette initiative qu’elle a néanmoins qualifiée de « largement insuffisante ».

 

L’objectif de la proposition helvétique soumise à l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD) est clair. Il s’agit d’améliorer la traçabilité de l’or.

« La Suisse entend améliorer la transparence et la traçabilité du commerce international de l’or », peut-on lire dans un communiqué publié le 24 septembre 2020 sur le site du Secrétariat d’Etat à l’économie de la Confédération Suisse.

Efforts pour mieux connaître l’origine de l’or

 

Concrètement, la Suisse a proposé à l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD) une nouvelle « classification tarifaire douanière internationale ». Celle-ci vise à distinguer l’or minier de l’or bancaire. Ces suggestions de modifications au code international permettraient « d’améliorer la traçabilité des chaînes d’approvisionnement » du métal jaune.

L’enjeu est de taille pour le premier exportateur et importateur d’or au monde. Il en va de la réputation de tout un secteur, actuellement pointé du doigt par des ONGs. Les acteurs helvétiques ont donc tout intérêt à s’assurer que ses importations d’or respectent les standards internationaux et proviennent de sources fiables.

 

Carrefour du marché mondial de l’or

 

Principal carrefour du marché mondial de l’or, la Suisse raffine plus de 70% de l’or de la planète et regroupe la plus importante concentration de raffineries d’or au monde.  Comme le souligne le Secrétariat d’Etat à l’économie, « la Suisse joue un rôle de premier plan dans le commerce de l’or, puisqu’un cinquième des échanges mondiaux sont réalisés à travers ses frontières ».

La Suisse est à la fois l’initiatrice de cette révision mais aussi celle qui l’appliquera en premier. Car selon le communiqué, la Suisse appliquera dès le 1er janvier 2021 ces critères à ses propres importations d’or. Si les membres de l’OMD acceptent la proposition helvétique, la nouvelle classification pourrait devenir « une norme mondiale dès 2027 », précise le communiqué.

 

Manque de transparence 

 

Il faut dire que des rapports publiés cet été par les ONGs Swissaid et Global Witness, qui ont dénoncé cet été l’opacité de la provenance des importations du métal jaune, ont suscité bien des remous dans l’industrie aurifère.

Dans une étude de juillet 2020, Marc Ummel, responsable du secteur matières premières de l’ONG Swissaid, révèle « comment certaines raffineries suisses recourent à des intermédiaires pour masquer l’origine de l’or plutôt que de s’approvisionner directement à la source ». Pour Marc Ummel, « c’est uniquement en se fournissant directement auprès des mines que les raffineries pourront s’assurer d’acquérir de l’or propre, respectant les droits humains et l’environnement ».

 

Les Emirats arabes unis pointés du doigt

 

Dans la ligne de mire du rapport de l’ONG Suisse, l’entreprise Kaloti, « une entreprise émiratie décriée pour son approvisionnement d’or illégal ».  Même son de cloche du côté de l’ONG britannique Global Witness qui dénonce les livraisons d’or de Kaloti à la raffinerie suisse Valcambi. Le rapport de Global Witness accuse la compagnie de Dubai, spécialisée dans l’affinage et la vente du métal précieux, d’avoir racheté à la Banque Centrale du Soudan de l’or provenant des mines contrôlées par les milices armées au Darfour.

Dans une interview octroyée à 24heures, Antoine de Montmollin, le patron de Metalor, l’une des quatre plus importantes raffineries suisses, s’inquiète également de l’origine de l’or importé des Emirats Arabes Unis. D’après Swissaid, les Emirats sont devenus en 2019, « le plus grand exportateur d’or vers la Suisse ».

Le label de bonnes pratiques sur le marché de l’or

 

Selon le patron de la raffinerie suisse, les affineurs de Dubai ne possèdent pas le standard international de bonnes pratiques octroyé par l’Association des Acteurs du Marché des Lingots, la London Bullion Market Association.

« Les affineurs de Dubaï ne sont pas certifiés «LBMA Good Delivery» (ndlr: le label de référence pour le marché de l’or). Ils doivent donc trouver un affineur LBMA s’ils veulent vendre leur or sur les marchés financiers. Malheureusement, il y a là-bas certains affineurs qui ne respectent pas les standards et travaillent un peu sans scrupule», a-t-il confié lors de cette interview.

Cependant, l’ONG Swissaid estime insufissante la modification proposée par la Suisse puisqu’elle « ne permet pas une traçabilité tout au long de la chaîne d’approvisionnement ».  « Afin de remédier à ce problème », l’ONG préconise « de modifier la définition légale du pays d’origine et d’imposer à l’importateur de déclarer le pays où l’or a été extrait, raffiné et expédié ».

 

Publication: 24 septembre 2020

Photo: Lingots d’or, Source: Pixabay

Sources: Rapport de SwissAid intitulé « Détour doré, la face cachée du commerce de l’or »